Je suis… perdue

7 janvier 2015.
On attaque un journal satirique. Certains le trouvent drôle, d’autres le trouvent carrément déplacé.
Peu importe.
Cet évènement (tragique) à suscité un engouement affolant, tant sur la toile que dans les rues.

« Je suis Charlie« .

De là, est arrivée la seconde vague du tsunami. La réplique du séisme qui vient vous frapper dans le dos par surprise.
Plus violente encore.

La première vague a rasé une partie de l’humanité sur son passage, la seconde en a rapporté les déchets.

Déchets qui gisent aujourd’hui sur le sol, embaumant notre société d’une odeur putride et nauséabonde contre laquelle on ne peut veut rien faire.
On porte un masque pour atténuer l’odeur et des lunettes pour en changer la couleur. Mais ces détritus de la société qui pourrissent à la vue de tous sont toujours là aujourd’hui.
Plus présents que jamais.

Après le « Je suis Charlie », c’était surtout  » Je suis une cible »… chacun est devenu la cible de l’autre.
Certains se disait fiers de « ne pas être Charlie », d’autres le sortait à tout bout de champs, le ponctuant gaiement de « non mais ho, la liberté d’expression quoi!« ;
d’autres encore se sentaient assez supérieurs pour pouvoir dire qui était Charlie et qui ne l’était pas.

D’autres ont profité de cet acte de barbarie pour faire des amalgames :
« Si tu es Charlie, tu ferais bien d’être les indiens d’Amérique tués par milliers », « Si tu es Charlie, tu es aussi l’Afrique où des enfants meurent de faim chaque jour »,…

Si être Charlie pouvait éventuellement avoir du sens à un moment donné, aujourd’hui, c’est plutôt à contre-sens qu’on le clame.

Derrière leurs ordinateurs, certains donnaient des leçons, d’autres se sentaient forts et tenaient des propos si virulents qu’ils étaient aussi puissants qu’un tir de kalachnikov.

On a vu fleurir des photos de profil « Je suis Charlie » dès les premières minutes qui ont suivi l’attaque. Une marque de solidarité…
Or, aujourd’hui, on nous ressort cette phrase à toutes les sauces.
Pour montrer notre soutien aux atrocités du monde? Calmer sa conscience qui nous crie qu’on devrait se bouger un peu plus?
Probablement.

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Mais alors, a final, je suis qui?
Qui suis-je pour différencier les causes pour lesquelles je peux veux m’indigner de celles qui ne me touchent pas assez pour en porter la photo sur mon mur Facebook?
Est-ce une manière de se rattraper de ne pas avoir été Charlie (ou qui que ce soit) avant?

Je suis… perdue.

je suis1

L‘élan de « solidarité » découvert lorsque la première vague s’est retirée a été littéralement rasé, dévasté par la réplique de ce tsunami communautaire.
Une réplique aux propos violents, aux actes racistes, individualistes, un appel à la guerre par une voix qui se dit proclamer la paix.

Aujourd’hui, je ne suis plus Charlie. Cela n’a plus aucun sens.
Je ne suis pas Chloé, ni Julie et Mélissa; je ne suis pas Boko Haram, pas plus que je suis les civilisations décimées par la mondialisation, je ne suis pas ouvrier de Corée du Nord ou SDF de Paris. je suis 3

Cela veut-il dire que je ne suis personne? Pas sûre…
J‘essaie déjà d’être moi.
Avec des idées, des projets, des convictions, des croyances (ça dépend des jours), avec un regard sur le Monde qui m’entoure sans forcément le comprendre.
Et ce n’est pas facile…
Car après tout, être une cause ne vous définit pas.

Je suis ici…

Et c’est déjà bien.

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